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Vigile commémorative; N’oublions jamais Fredy Villanueva

Il y a quatre ans déjà, Fredy Villanueva perdait la vie à Montréal-Nord. Il est tombé sous les balles d’un policier du SPVM.

Jeudi, le 9 août à 18h00, venez en grand nombre vous recueillir à la mémoire de Fredy Villanueva au mémorial en son honneur derrière la Maison de la culture de Montréal-Nord. Venez montrer que nous n’oublierons jamais Fredy et que nous nous battrons jusqu’au bout pour faire la justice en dépit de l’obstruction de la police qui enquête sur la police, des chroniqueurs réactionnaires,des avocats aux services de l’injustice.

Il y aura de la musique de et de la nourriture.
La famille Villanueva compte sur votre présence.

Une invitation de Montréal-Nord Républik et de la
Coalition contre la Répression et les Abus policiers.

Dommage pour Fredy!

La Presse
Forum, mardi, 12 août 2008, p. A23


Dommage pour Fredy!

Tanguay, Johanne

L’auteure est technicienne en documentation à la bibliothèque
publique Henri-Bourassa de Montréal-Nord où elle assiste les
usagers dans l’utilisation des ordinateurs mis à leur disposition.

Émeutes la nuit dernière, à quelques coins de rue de chez moi. Véhicules en flammes, commerces dévalisés, vandalisme à qui mieux mieux.

Au départ, un regroupement de gens choqués par la mort d’un jeune de 18 ans, abattu pratiquement à bout portant par un policier dans un parc. Un jeune qui n’était pas armé, qui n’avait pas de casier judiciaire.

Dans un quartier comme celui-là, il ne faut pas s’étonner que la rencontre pacifiste d’hier ait mal tourné. Cet endroit et ce moment où on aurait dû apporter des fleurs et se recueillir en silence furent perçus comme une belle occasion par les gangs de rue pour faire état de leur criminalité.

Dommage pour Fredy!

Pour l’avoir accueilli à quelques reprises sur mon lieu de travail, je ne peux dire de ce garçon que ce que j’en connaissais. Et ce que j’en connaissais, c’était un garçon très timide, tout étonné que je me souvienne de son nom à chacune de ses visites. Ce n’était pas le genre à crier à l’aide quand les appareils ne répondaient pas, ni à se fâcher, mais plutôt à quitter sans rien demander. Non, ce n’était pas une grande gueule, loin de là. Un jeune homme effacé, aux yeux cachés derrière sa crinière noire bouclée.

La dernière fois que j’ai vu Fredy, il devait faire des impressions et ça n’allait pas. Je m’en suis aperçue et j’ai corrigé la situation. Il m’a répondu d’un sourire radieux, un sourire rare car il souriait rarement.

Comment un gars à l’allure si tranquille a-t-il pu se faire tuer par un policier? Je ne crois pas que Fredy ait fait partie d’un gang de rue. S’il côtoyait la criminalité, ce devait être par accident. Je ne crois pas qu’il était un vrai dur, mais je ne le connaissais pas au point de savoir ça. Tout ce que je sais sur Fredy, ce sont mes impressions, et la tristesse que je ressens pour un jeune qui est mort pour rien!

Par contre, je sais que Fredy, comme beaucoup d’autres, habitait un quartier très difficile, un quartier où les gangs de rue font la loi et où les policiers n’aiment guère avoir à se présenter.

Je crains que Fredy n’ait été la victime d’un policier trop nerveux, apeuré par la présence de quelques jeunes immigrants à l’allure ambiguë. Je crains que Fredy n’ait été la victime du lieu où il se trouvait, victime de son jeune âge, victime des préjugés envers les jeunes immigrants, dans cedit quartier.

Si le policier avait été moins nerveux, il aurait probablement évacué sa crainte par un coup de feu tiré en l’air, plutôt que de tirer sur les jeunes. Si ce quartier avait été nettoyé de ses gangs de rue, le policier aurait été moins nerveux. Si, si, si…

Vigile pour l’anniversaire de naissance de Fredy Villanueva

Le 6 avril 2012, Fredy Villanueva aurait eu 22 ans.

Fredy est mort trop tôt, à l’âge de seulement dix-huit ans, après que l’agent Jean-Loup Lapointe eut ouvert le feu, sur lui et deux de ses amis, dans le stationnement de l’aréna Henri-Bourassa, le 9 août 2008.

Le souvenir de Fredy est cependant encore bien vivant dans le cœur de ceux qui l’ont aimé.

Pour cette raison, la famille Villanueva va se réunir, cette année encore, sur les lieux mêmes de l’intervention policière fatidique, pour se rappeler de Fredy à l’occasion de son anniversaire de naissance, le vendredi 6 avril prochain.

Rappelons que le dépôt du rapport d’enquête du coroner André Perreault sur les causes et circonstances du décès de Fredy Villanueva est retardé en raison de procédures dilatoires intentées par l’employeur de l’agent Lapointe, la Ville de Montréal, et son syndicat, la Fraternité des policiers et des policières de la Ville de Montréal.

Le comité de soutien à Dany Villanueva invite tous les sympathisants à la cause à venir assister à la vigile du 6 avril 2012 afin de montrer votre soutien à la famille Villanueva dans sa longue lutte pour la vérité et la justice.

Vendredi le 6 avril 2012 à 18h30

dans le stationnement

de l’aréna Henri-Bourassa

12004 Boul Rolland. Montréal-Nord

Métro Henri-Bourassa, autobus 69 Gouin ou 49 Léger Est

Profilage? Voyons donc...

«On était trois Noirs dans la voiture, je le dis ainsi parce que le Noir est une variété humaine qui attire les policiers des petites villes américaines, comme le miel attire l’ours.»

Le silence et la complaisance

On a fabriqué un système qui manufacture le silence et la complaisance.

Mort de Farshad Mohammadi - Un décès, plusieurs causes?

Anne-Marie Gallant - Infirmière en santé mentale et membre de Solidarité sans frontières, Robyn Maynard - Auteure, travailleuse communautaire impliquée dans plusieurs groupes contre la violence policière et le profilage racial, et membre de la campagne Personne n’est illégal et Samir Shaheen-Hussain - Pédiatre, militant pour la justice sociale et membre de la campagne Personne n’est illégal 14 janvier 2012 Actualités en société

Profilage racial


**Certains des témoignages des citoyens recueillis dans ce documentaire révélaient le comportement et la réputation de l’agent Lapointe dans le quartier où Freddy a perdu la vie, cependant, ces segments n’ont pas été retenus et sont maintenant sous la propriété de Canal D…**

bit.ly/5uUyr4

Une prise de position sans équivoque sur la pratique du profilage racial au sein de la police

Le 10 août 2008, le jeune Freddy Villanueva meurt à la suite d’une intervention policière. Depuis, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer le profilage racial pratiqué par certains policiers de Montréal-Nord. Parmi celles-ci, Harry Delva, intervenant communautaire à la Maison d’Haïti. Le dimanche 22 novembre à 21 h, avec le documentaire Profilage racial, le patrouilleur de rue partage avec nous sa désolation devant les pratiques du SPVM et donne la parole à des intervenants qui ont vécu ou ont été témoins de profilage racial.

Août 2008. Montréal-Nord s’enflamme le lendemain de la mort de Freddy Villanueva. Ces événements ont été le prélude d’un débat sur la pratique du profilage racial dans le corps policier. Les langues des minorités visibles se sont depuis déliées : « Tu m’arrêtes parce que je suis un trafiquant de drogues, tu m’arrêtes parce que j’ai volé, tu m’arrêtes parce que j’ai battu. Pas de problème, ils ont le droit de m’arrêter, c’est leur travail. Mais que tu m’arrêtes parce que tu as des doutes sur moi (…)?! », témoigne, entre autres, Jean-Yves Sylvestre, ex-coordonnateur de la Maison d’Haïti.

Vivre avec un tel mépris et avec tous les effets négatifs qui s’ensuivent — colère, indignation et frustration — peut provoquer des situations explosives, racontent quelques jeunes du quartier. Sans oublier que les sentiments d’oppression, de persécution et d’intimidation sont alimentés par les nombreuses interventions des policiers lorsque ces jeunes contreviennent aux règlements municipaux. Conséquence de cette répression : « On est en train d’élever des criminels! » résume Will Prosper, porte-parole de Montréal-Nord Republik. Pourtant, la direction du SPVM affirme avoir fait de la formation auprès de 90 % de ses troupes, exclusivement sur la différence entre le profilage racial et le profilage criminel. « Ce que veut faire la direction, c’est une chose. Mais ce qui se passe sur le terrain, c’est autre chose. Il est présent (le profilage racial) qu’on le veuille ou non », déclare Harry Delva.

Quelles sont les solutions pour enrayer le problème du profilage racial? Comment rétablir le lien de confiance entre les minorités visibles de Montréal-Nord et les policiers? Maurice Chalom, chercheur associé au Centre de criminologie comparée à l’Université de Montréal, croit que le chef de police doit d’abord reconnaître qu’il y a un vrai problème dans le quartier, dû à des pratiques illégales de profilage racial. Brunilda Reyes, directrice de l’organisme Les fourchettes de l’espoir, pointe du doigt la formation des policiers, ceux-ci ayant une méconnaissance des réalités de leur clientèle. Originaire de pays où la police est associée à la corruption ou encore aux « escadrons de la mort », la population est méfiante et réticente envers les autorités. Enfin, tous les intervenants s’entendent pour dire que la reprise en main de Montréal-Nord passe par un changement de mentalités. « C’est dur à dire, mais si le décès du jeune Villanueva peut amener les organisations à véritablement “requestionner” leurs pratiques, leur culture organisationnelle, leur façon de travailler, alors peut-être (…) cette mort-là n’aura pas été complètement inutile », conclut Maurice Chalom.

Un documentaire d’actualité à voir absolument alors que l’enquête publique sur l’affaire Villanueva met à jour certaines pratiques policières.

2 avril 2011. Des jeunes de Montréal-Nord manifestent contre la discrimination qu’ils subissent de la part de l’arrondissement de Montréal-Nord.

Ces enfants qui ont l’habitude de faire de l’activité physique en utilisant les infrastructures de l’arrondissement via une ressource communautaire appelée «Mener Autrement», se voient refuser l’accès à certaines aires de jeux, selon certaines plages horaires, aux bénéfices d’enfants dont les parents ont les moyens de payer pour leur inscription au Club de Soccer Montréal-Nord. Oscar Elimby qui accompagne ces jeunes croit qu’ils devraient avoir droit à des espaces de jeux sécuritaires et en bon état et que ces jeunes devraient cesser d’être traité comme des citoyens de 2e classe.

L’arrondissement de Montréal-Nord a vite réagit afin d’étouffer les allégations de M. Elimby ou les voix des enfants…

sortie publique de l’arrondissement: http://bit.ly/f5NUGl 

Mise en contexte: http://bit.ly/gI7ZHX 

"A club that provides free sports and educational activities to disaffected, poor and immigrant youth in Montreal North is demanding local authorities provide it with better indoor soccer equipment and a bigger gym.

Members of Mener Autrement (Lead Differently), a volunteer-run sports club of about 215 children and youth from a multitude of ethnic backgrounds that include Haitian, Arab, African and Latino, will march through the streets of Montreal North on Saturday.

Parents, children and organizers of the club with which local youth Fredy Villanueva played soccer occasionally before he was shot in August 2008 by a Montreal police officer, are expected to gather at noon at the Culture and Community Centre at 12004 Rolland Blvd.

2 avril 2011. Des jeunes de Montréal-Nord manifestent contre la discrimination qu’ils subissent de la part de l’arrondissement de Montréal-Nord.

Ces enfants qui ont l’habitude de faire de l’activité physique en utilisant les infrastructures de l’arrondissement via une ressource communautaire appelée «Mener Autrement», se voient refuser l’accès à certaines aires de jeux, selon certaines plages horaires, aux bénéfices d’enfants dont les parents ont les moyens de payer pour leur inscription au Club de Soccer Montréal-Nord. Oscar Elimby qui accompagne ces jeunes croit qu’ils devraient avoir droit à des espaces de jeux sécuritaires et en bon état et que ces jeunes devraient cesser d’être traité comme des citoyens de 2e classe.

L’arrondissement de Montréal-Nord a vite réagit afin d’étouffer les allégations de M. Elimby ou les voix des enfants…

sortie publique de l’arrondissement: http://bit.ly/f5NUGl

Mise en contexte: http://bit.ly/gI7ZHX

"A club that provides free sports and educational activities to disaffected, poor and immigrant youth in Montreal North is demanding local authorities provide it with better indoor soccer equipment and a bigger gym.

Members of Mener Autrement (Lead Differently), a volunteer-run sports club of about 215 children and youth from a multitude of ethnic backgrounds that include Haitian, Arab, African and Latino, will march through the streets of Montreal North on Saturday.

Parents, children and organizers of the club with which local youth Fredy Villanueva played soccer occasionally before he was shot in August 2008 by a Montreal police officer, are expected to gather at noon at the Culture and Community Centre at 12004 Rolland Blvd.

Treat your ears right. Listen to this track.

Transcription du témoignage de la mère de Fredy Villanueva, Lilian Madrid Antunes * 
Le coroner : Buenos días,señora.
Mme Antunes : Buenos días, coroner.
[assermentation de l’interprète]
Le Coroner : Madame Antunes Villanueva, comme il y a un interprète qui va faire la traduction de ce que vous allez me dire en espagnol, je vais vous demander de faire un effort pour lui laisser le temps de traduire au fur et à mesure. Je vous écoute.
Mme Antunes : Aujourd’hui je suis ici.
Je sais que vous, monsieur le coroner, vous connaissez la vie de tous les témoins, mais vous ne connaissez pas la vie de Fredy.
Je vais commencer en parlant de Fredy quand il est arrivé, à huit ans, ici, au Canada.
Mes enfants sont venus, adaptés à la coutume chrétienne. Quand ils sont venus ici, ils appartenaient à un chœur chrétien que nous pratiquions à la maison avec mon pasteur.
Quand Fredy est arrivé, il a commencé à l’école, il était un enfant très centré et bien élevé, très dédié à ses études, très engagé dans ses études.
J’ai habitué mes enfants à ce qu’ils travaillent la terre lorsque nous sommes arrivés ici.
C’était des enfants très travaillants.
Des enfants qui ne sortaient jamais à la rue sans la permission de leurs parents.
Fredy et Dany n’ont jamais dormis hors de la maison.
Je les ai tellement protégés que je ne leur ai jamais permis qu’ils prennent le transport en commun.
Je les ai habitué à cuisiner, à m’aider à la maison.
Fredy, surtout, aimait beaucoup emprunter des livres à la bibliothèque.
Il était très intéressé à découvrir l’histoire du Québec.
Il aimait bien que je lui lise des extraits de la Bible.
J’amenais mes enfants, tous les dimanches, pour qu’ils assistent au culte de l’église.
Fredy a grandi comme étant le plus bon, le plus pur, le plus aimé, de tout Montréal-Nord.
Il n’était pas un enfant agressif, il ne se fâchait jamais, il avait toujours le sourire aux lèvres.
Mes enfants demandaient toujours à travailler durant leurs vacances pour pouvoir se payer leurs affaires.
Fredy a fait son primaire et son secondaire ici, au Canada.
Mes enfants ne se sont jamais battus entre eux, c’était des enfants très bien élevés.
J’ai été une mère très rigoureuse, affectueuse et rigoureuse avec mes enfants.
J’ai une fille qui a des problèmes comme handicapée.
Fredy et Dany protégeaient beaucoup cette enfant.
Fredy était mon bébé.
Monsieur le coroner, j’aimerais vous montrer une photo de Fredy.
Le coroner : Certainement, madame. Il y en a trois, c’est ça ?
Mme Antunes : Trois ou quatre, je pense.
Le coroner : Il y en avait une de collée. Il y a en a quatre, c’est bien ça, madame. Il y a aura des copies qui seront faite pour tout le monde de ces photos-là qui me sont exhibées. Vous voulez les reprendre momentanément avant de me les remettre ? Vous préférez qu’on fasse des copies pour conserver ces originaux ?
Mme Antunes : Vous pouvez en faire des copies et les distribuer.
Le coroner : Parfait, on vous remettra les originaux, madame, par le biais de Me Georges-Louis.
Mme Antunes : Je vais continuer avec ce que je disais sur Fredy.
Fredy a grandit à Montréal-Nord.
Ça a été un bon frère, un bon ami, un bon oncle et un excellent fils.
Fredy était surprotégé par toute la famille parce que c’était le plus jeune.
Chaque fois qu’il avait des vacances, il me demandait de lui trouver du travail, peu importe où.
Parce qu’il voulait avoir de l’argent pour acheter des bonnes choses pour lui.
Cette année-là, 2008, Fredy a terminé son secondaire quatre.
Lorsqu’il a terminé son secondaire quatre, il m’a demandé pour aller travailler parce qu’il voulait payer ses broches.
Il voulait travailler parce qu’il voulait faire un DEP en électricité de voiture.
Fredy avait un grand projet pour l’avenir.
Lui et Dany planifiaient de monter un garage avec leur père.
Leur père savait comment faire le débosselage
Dany a commencé à étudier la mécanique.
Et Fredy voulait commencer à étudier l’électricité de voiture cette année-là.
Lorsqu’il est sorti du secondaire, il est allé à Emploi-Québec pour vérifier si on pouvait lui payer le cours qu’il voulait en DEP électronique.
Ils ont refusés parce qu’ils lui ont dit qu’il devait être un an sans aller à l’école, ou un an sur le bien-être social.
Il m’a dit qu’il voulait travailler lui-même pour payer son DEP.
Et Fredy a commencé à travailler au mois de juin, en faisant la collecte des haricots, à Saint-Rémy.
Il se levait à 5h30 du matin.
Il travaillait jusqu’à 11h du soir.
Son patron, en voyant les habilités de ce jeune qui avait à peine de 18 ans, lui a donné la responsabilité de transporter dix-huit personnes du métro Côte-Vertu jusqu’à Saint-Rémy.
Fredy faisait quatre heures de voyagement, aller-retour.
Monsieur le coroner, vous avez dans les mains la photo du dernier jour où Fredy était en vie.
Le coroner : Laquelle ?
Mme Antunes : Là où vous le voyez ramasser les haricots.
Le coroner : Avec vous ? Ramasser les haricots avec vous ?
Mme Antunes : Oui, ce jour-là j’étais avec lui.
Le coroner : C’est vous qui êtes à côté de lui ?
Mme Antunes : Oui.
Le coroner : C’est la veille ou c’est le jour même de son décès ?
Mme Antunes : C’est le jour avant sa mort.
Le coroner : Le vendredi.
Mme Antunes : Il était supposé d’aller travailler samedi parce qu’il travaillait du lundi au samedi, et puis parfois il travaillait aussi les dimanches.
Toutes les deux semaines, il travaillait les sept jours de la semaine.
Fredy aimait dessiner.
Ses passe-temps étaient de jouer au Nintendo et de voir des films.
Il jouait beaucoup avec Dany.
Dany le surprotégeait, surtout après qu’il ait fait de la prison.
Le jour où Fredy a été assassiné, j’ai demandé à Dany de sortir son frère pour qu’il se change les idées parce que ça faisait deux mois que mon fils travaillait durement.
Dany me chicanait toujours parce qu’il me disait : je n’aime pas sortir avec mon frère.
Quand je donnais à Fredy la permission de sortir, que Dany arrivait à la maison et qu’il ne le trouvait pas, il me demandait pourquoi j’autorisais Fredy à sortir.
Je lui disais que c’était pour éviter qu’il passe autant de temps à jouer au Nintendo ou à regarder la télévision.
Mais je lui permettais de sortir de la maison au maximum trois heures.
Fredy ne me demandait jamais rien, je lui demandais si jamais il avait besoin de quelque chose.
On ne pouvait entacher mon fils.
Il n’est jamais allé à un bar ou une discothèque, également parce que Dany ne lui permettait pas.
Il obéissait beaucoup à son frère, parce qu’il savait que son frère le surprotégeait.
C’est pour ça que Dany voulait toujours que Fredy soit à mes côtés.
Ce jour-là, je lui ai dit de sortir avec son frère pour qu’ils aillent manger à l’extérieur.
Je n’avais aucune idée que ce jour-là, Fredy ne reviendrait jamais à la maison.
Fredy n’est pas mort.
Qu’est-ce que je dois faire pour que mon fils revienne dans ma vie ?
Pourquoi est-ce qu’un maniaque et un assassin est-il apparu dans notre vie ?
Pourquoi a-t-il choisi la personne la plus pure qui existe en ce monde ?
Pourquoi s’en prendre à mes fils seulement parce que nous sommes des immigrants ?
Je suis sûre que si Fredy ou Dany avaient été blancs ou québécois, cette tragédie ne se serait pas produite parce que c’était à cause du profilage racial et mon fils est mort.
Cet assassin m’a mutilé.
Il m’a arraché une partie de ma vie.
Il a détruit ma famille.
Il a détruit le projet que mon mari et mes enfants avaient.
Et plus que tout, celui qu’il a le plus détruit, c’est Dany.
Il est très difficile pour moi de voir tous les jours Dany se réfugier dans le cimetière parce qu’il a envie de voir son frère.
La vie de Dany est détruite.
Sa vie et la mienne ne vont plus jamais être la même.
Dany n’avait qu’un seul frère.
Un seul frère.
Il n’en aura pas d’autres.
Son bébé, ils le lui ont enlevé devant ses propres yeux.
Il en est marqué pour toute la vie.
Pensez-vous, monsieur le coroner, que l’émeute qui a eu lieu à Montréal-Nord ça s’est fait parce qu’ils ont tué un criminel, un assassin, ou quelqu’un d’un gang de rue ?
Non, monsieur le coroner, l’émeute a eu lieu parce qu’on savait que c’est un être innocent qui a été tué.
Que c’était une injustice.
C’était une injustice ce que ce policer est allé commettre à Montréal-Nord.
Parce qu’il a assassiné Fredy pour rien.
Ce jour-là, il est allé se décharger de la colère qu’il avait en lui contre mes enfants, contre mes fils et contre les autres jeunes qui ont également été ses victimes.
Ça fait plus de deux ans, maintenant, que j’attends ce moment d’être assise, ici, devant vous.
Parce que durant cette enquête j’ai entendu des choses qui, franchement, ne sont pas vraies.
Par exemple, lorsqu’on a mentionné que la famille avait peur que Dany soit déporté.
Cela, ce n’est pas vrai.
Je n’avais pas peur que Dany soit déporté parce qu’il avait déjà payé pour sa faute.
L’avocat de la Ville de Montréal est celui qui a inventé tout ça.
Je sais qu’il est ici, non pas pour savoir comment est mort Fredy, pourquoi on l’a tué, mais plutôt pour sauver l’argent de la Ville de Montréal.
Je n’ai jamais demandé d’argent à qui que ce soit.
La vie de Fredy n’a pas de prix.
S’il y a quelque chose que je vous demande, c’est plutôt de me rendre la vie de mon fils.
Et qu’il rétablisse aussi une vie normale à Dany parce que c’est cela qu’ils ont détruit.
Je demande justice.
Je demande que cet assassin soit incarcéré.
C’est une honte pour le corps policier que cet homme soit encore en service.
Que pouvons-nous attendre de personnes comme celles-là ?
J’espère obtenir justice.
J’ai entendu tous les défenseurs de cet assassin.
J’ai pris une décision, de sortir le cas de mon fils à la Cour suprême des États-Unis.
Je vais lutter jusqu’au bout car ce n’est pas un chien qu’on a assassiné.
Le coroner : Quand vous dites, madame, la Cour suprême, vous référez à la Cour suprême du Canada ?
Mme Antunes : À l’ONU.
Le coroner : À l’ONU.
Mme Antunes : Fredy a besoin de la justice.
Parce qu’il n’a jamais fait de tort à personne.
Il était incapable de faire du mal à qui que ce soit.
Je sais que ce jour-là, Fredy est mort avec beaucoup de panique parce qu’il a vu le policier sortir son arme, il a voulu courir, mais l’assassin ne lui a pas donné le temps.
Je suis sûre de cela, Fredy était incapable de lever un doigt sur quiconque.
C’est moi qui ai accouché de mon fils.
Je suis la seule personne qui le connaissait, et c’est pour ça que je suis sûre que Fredy ne méritait pas cette mort parce que Fredy n’a absolument rien fait.
Je sais qu’il était plein de panique à la vue de son frère que l’on étranglait par terre, mais il n’était pas capable de faire quelque chose.
Fredy ne pouvait rien faire, il était incapable de faire quoi que ce soit.
Il était trop timide.
Il craignait tout, il a été élevé dans beaucoup de timidité.
Comment est-il possible que l’avocat de la Ville de Montréal ait dit - j’étais présente ce jour-là et je le dit parce que j’en suis sûre - que Dany était coupable de la mort de son frère ?
Le seul coupable ici a un nom et un prénom.
Il s’appelle Jean-Loup Lapointe.
C’est lui l’assassin de mon fils et c’est lui qui doit payer pour cette mort injuste.
J’espère, je veux et j’exige que justice soit faite.
Il a enlevé à mon fils toutes ses bonnes idées, tous ses espoirs, tout son futur qu’il avait devant lui.
Il a marqué notre vie à tous dans notre famille.
Il nous a laissé une blessure qui ne se cicatrisera jamais.
Il m’a enlevé une partie de ma vie.
Il m’a enlevé mon bébé.
Le coroner : Avez-vous une dernière chose à me dire, madame Antunes ?
Mme Antunes : Ce que je veux dire, monsieur le coroner, c’est merci beaucoup de m’avoir écouté.
J’espère que vous prendrez une bonne décision pour que la justice soit faite.
Fredy est mort pour rien.
[applaudissements]
Le coroner : J’aimerais simplement dire, madame Antunes, que je l’ai la conviction que votre fils Fredy serait très fier du portrait que vous avez dépeint de lui aujourd’hui. Il serait fier du portrait qu’il a laissé à sa mère. Muchas gracias señoraAntunes Villanueva. Animo. Buena suerte.
Mme Antunes : Merci.
* Quelques passages de la traduction de l’espagnol vers le français ont été modifiés afin de rendre le propos de Mme Antunes le plus clair possible.

Transcription du témoignage de la mère de Fredy Villanueva, Lilian Madrid Antunes *



Le coroner : Buenos días,señora.

Mme Antunes : Buenos días, coroner.

[assermentation de l’interprète]

Le Coroner : Madame Antunes Villanueva, comme il y a un interprète qui va faire la traduction de ce que vous allez me dire en espagnol, je vais vous demander de faire un effort pour lui laisser le temps de traduire au fur et à mesure. Je vous écoute.

Mme Antunes : Aujourd’hui je suis ici.

Je sais que vous, monsieur le coroner, vous connaissez la vie de tous les témoins, mais vous ne connaissez pas la vie de Fredy.

Je vais commencer en parlant de Fredy quand il est arrivé, à huit ans, ici, au Canada.

Mes enfants sont venus, adaptés à la coutume chrétienne. Quand ils sont venus ici, ils appartenaient à un chœur chrétien que nous pratiquions à la maison avec mon pasteur.

Quand Fredy est arrivé, il a commencé à l’école, il était un enfant très centré et bien élevé, très dédié à ses études, très engagé dans ses études.

J’ai habitué mes enfants à ce qu’ils travaillent la terre lorsque nous sommes arrivés ici.

C’était des enfants très travaillants.

Des enfants qui ne sortaient jamais à la rue sans la permission de leurs parents.

Fredy et Dany n’ont jamais dormis hors de la maison.

Je les ai tellement protégés que je ne leur ai jamais permis qu’ils prennent le transport en commun.

Je les ai habitué à cuisiner, à m’aider à la maison.

Fredy, surtout, aimait beaucoup emprunter des livres à la bibliothèque.

Il était très intéressé à découvrir l’histoire du Québec.

Il aimait bien que je lui lise des extraits de la Bible.

J’amenais mes enfants, tous les dimanches, pour qu’ils assistent au culte de l’église.

Fredy a grandi comme étant le plus bon, le plus pur, le plus aimé, de tout Montréal-Nord.

Il n’était pas un enfant agressif, il ne se fâchait jamais, il avait toujours le sourire aux lèvres.

Mes enfants demandaient toujours à travailler durant leurs vacances pour pouvoir se payer leurs affaires.

Fredy a fait son primaire et son secondaire ici, au Canada.

Mes enfants ne se sont jamais battus entre eux, c’était des enfants très bien élevés.

J’ai été une mère très rigoureuse, affectueuse et rigoureuse avec mes enfants.

J’ai une fille qui a des problèmes comme handicapée.

Fredy et Dany protégeaient beaucoup cette enfant.

Fredy était mon bébé.

Monsieur le coroner, j’aimerais vous montrer une photo de Fredy.

Le coroner : Certainement, madame. Il y en a trois, c’est ça ?

Mme Antunes : Trois ou quatre, je pense.

Le coroner : Il y en avait une de collée. Il y a en a quatre, c’est bien ça, madame. Il y a aura des copies qui seront faite pour tout le monde de ces photos-là qui me sont exhibées. Vous voulez les reprendre momentanément avant de me les remettre ? Vous préférez qu’on fasse des copies pour conserver ces originaux ?

Mme Antunes : Vous pouvez en faire des copies et les distribuer.

Le coroner : Parfait, on vous remettra les originaux, madame, par le biais de Me Georges-Louis.

Mme Antunes : Je vais continuer avec ce que je disais sur Fredy.

Fredy a grandit à Montréal-Nord.

Ça a été un bon frère, un bon ami, un bon oncle et un excellent fils.

Fredy était surprotégé par toute la famille parce que c’était le plus jeune.

Chaque fois qu’il avait des vacances, il me demandait de lui trouver du travail, peu importe où.

Parce qu’il voulait avoir de l’argent pour acheter des bonnes choses pour lui.

Cette année-là, 2008, Fredy a terminé son secondaire quatre.

Lorsqu’il a terminé son secondaire quatre, il m’a demandé pour aller travailler parce qu’il voulait payer ses broches.

Il voulait travailler parce qu’il voulait faire un DEP en électricité de voiture.

Fredy avait un grand projet pour l’avenir.

Lui et Dany planifiaient de monter un garage avec leur père.

Leur père savait comment faire le débosselage

Dany a commencé à étudier la mécanique.

Et Fredy voulait commencer à étudier l’électricité de voiture cette année-là.

Lorsqu’il est sorti du secondaire, il est allé à Emploi-Québec pour vérifier si on pouvait lui payer le cours qu’il voulait en DEP électronique.

Ils ont refusés parce qu’ils lui ont dit qu’il devait être un an sans aller à l’école, ou un an sur le bien-être social.

Il m’a dit qu’il voulait travailler lui-même pour payer son DEP.

Et Fredy a commencé à travailler au mois de juin, en faisant la collecte des haricots, à Saint-Rémy.

Il se levait à 5h30 du matin.

Il travaillait jusqu’à 11h du soir.

Son patron, en voyant les habilités de ce jeune qui avait à peine de 18 ans, lui a donné la responsabilité de transporter dix-huit personnes du métro Côte-Vertu jusqu’à Saint-Rémy.

Fredy faisait quatre heures de voyagement, aller-retour.

Monsieur le coroner, vous avez dans les mains la photo du dernier jour où Fredy était en vie.

Le coroner : Laquelle ?

Mme Antunes : Là où vous le voyez ramasser les haricots.

Le coroner : Avec vous ? Ramasser les haricots avec vous ?

Mme Antunes : Oui, ce jour-là j’étais avec lui.

Le coroner : C’est vous qui êtes à côté de lui ?

Mme Antunes : Oui.

Le coroner : C’est la veille ou c’est le jour même de son décès ?

Mme Antunes : C’est le jour avant sa mort.

Le coroner : Le vendredi.

Mme Antunes : Il était supposé d’aller travailler samedi parce qu’il travaillait du lundi au samedi, et puis parfois il travaillait aussi les dimanches.

Toutes les deux semaines, il travaillait les sept jours de la semaine.

Fredy aimait dessiner.

Ses passe-temps étaient de jouer au Nintendo et de voir des films.

Il jouait beaucoup avec Dany.

Dany le surprotégeait, surtout après qu’il ait fait de la prison.

Le jour où Fredy a été assassiné, j’ai demandé à Dany de sortir son frère pour qu’il se change les idées parce que ça faisait deux mois que mon fils travaillait durement.

Dany me chicanait toujours parce qu’il me disait : je n’aime pas sortir avec mon frère.

Quand je donnais à Fredy la permission de sortir, que Dany arrivait à la maison et qu’il ne le trouvait pas, il me demandait pourquoi j’autorisais Fredy à sortir.

Je lui disais que c’était pour éviter qu’il passe autant de temps à jouer au Nintendo ou à regarder la télévision.

Mais je lui permettais de sortir de la maison au maximum trois heures.

Fredy ne me demandait jamais rien, je lui demandais si jamais il avait besoin de quelque chose.

On ne pouvait entacher mon fils.

Il n’est jamais allé à un bar ou une discothèque, également parce que Dany ne lui permettait pas.

Il obéissait beaucoup à son frère, parce qu’il savait que son frère le surprotégeait.

C’est pour ça que Dany voulait toujours que Fredy soit à mes côtés.

Ce jour-là, je lui ai dit de sortir avec son frère pour qu’ils aillent manger à l’extérieur.

Je n’avais aucune idée que ce jour-là, Fredy ne reviendrait jamais à la maison.

Fredy n’est pas mort.

Qu’est-ce que je dois faire pour que mon fils revienne dans ma vie ?

Pourquoi est-ce qu’un maniaque et un assassin est-il apparu dans notre vie ?

Pourquoi a-t-il choisi la personne la plus pure qui existe en ce monde ?

Pourquoi s’en prendre à mes fils seulement parce que nous sommes des immigrants ?

Je suis sûre que si Fredy ou Dany avaient été blancs ou québécois, cette tragédie ne se serait pas produite parce que c’était à cause du profilage racial et mon fils est mort.

Cet assassin m’a mutilé.

Il m’a arraché une partie de ma vie.

Il a détruit ma famille.

Il a détruit le projet que mon mari et mes enfants avaient.

Et plus que tout, celui qu’il a le plus détruit, c’est Dany.

Il est très difficile pour moi de voir tous les jours Dany se réfugier dans le cimetière parce qu’il a envie de voir son frère.

La vie de Dany est détruite.

Sa vie et la mienne ne vont plus jamais être la même.

Dany n’avait qu’un seul frère.

Un seul frère.

Il n’en aura pas d’autres.

Son bébé, ils le lui ont enlevé devant ses propres yeux.

Il en est marqué pour toute la vie.

Pensez-vous, monsieur le coroner, que l’émeute qui a eu lieu à Montréal-Nord ça s’est fait parce qu’ils ont tué un criminel, un assassin, ou quelqu’un d’un gang de rue ?

Non, monsieur le coroner, l’émeute a eu lieu parce qu’on savait que c’est un être innocent qui a été tué.

Que c’était une injustice.

C’était une injustice ce que ce policer est allé commettre à Montréal-Nord.

Parce qu’il a assassiné Fredy pour rien.

Ce jour-là, il est allé se décharger de la colère qu’il avait en lui contre mes enfants, contre mes fils et contre les autres jeunes qui ont également été ses victimes.

Ça fait plus de deux ans, maintenant, que j’attends ce moment d’être assise, ici, devant vous.

Parce que durant cette enquête j’ai entendu des choses qui, franchement, ne sont pas vraies.

Par exemple, lorsqu’on a mentionné que la famille avait peur que Dany soit déporté.

Cela, ce n’est pas vrai.

Je n’avais pas peur que Dany soit déporté parce qu’il avait déjà payé pour sa faute.

L’avocat de la Ville de Montréal est celui qui a inventé tout ça.

Je sais qu’il est ici, non pas pour savoir comment est mort Fredy, pourquoi on l’a tué, mais plutôt pour sauver l’argent de la Ville de Montréal.

Je n’ai jamais demandé d’argent à qui que ce soit.

La vie de Fredy n’a pas de prix.

S’il y a quelque chose que je vous demande, c’est plutôt de me rendre la vie de mon fils.

Et qu’il rétablisse aussi une vie normale à Dany parce que c’est cela qu’ils ont détruit.

Je demande justice.

Je demande que cet assassin soit incarcéré.

C’est une honte pour le corps policier que cet homme soit encore en service.

Que pouvons-nous attendre de personnes comme celles-là ?

J’espère obtenir justice.

J’ai entendu tous les défenseurs de cet assassin.

J’ai pris une décision, de sortir le cas de mon fils à la Cour suprême des États-Unis.

Je vais lutter jusqu’au bout car ce n’est pas un chien qu’on a assassiné.

Le coroner : Quand vous dites, madame, la Cour suprême, vous référez à la Cour suprême du Canada ?

Mme Antunes : À l’ONU.

Le coroner : À l’ONU.

Mme Antunes : Fredy a besoin de la justice.

Parce qu’il n’a jamais fait de tort à personne.

Il était incapable de faire du mal à qui que ce soit.

Je sais que ce jour-là, Fredy est mort avec beaucoup de panique parce qu’il a vu le policier sortir son arme, il a voulu courir, mais l’assassin ne lui a pas donné le temps.

Je suis sûre de cela, Fredy était incapable de lever un doigt sur quiconque.

C’est moi qui ai accouché de mon fils.

Je suis la seule personne qui le connaissait, et c’est pour ça que je suis sûre que Fredy ne méritait pas cette mort parce que Fredy n’a absolument rien fait.

Je sais qu’il était plein de panique à la vue de son frère que l’on étranglait par terre, mais il n’était pas capable de faire quelque chose.

Fredy ne pouvait rien faire, il était incapable de faire quoi que ce soit.

Il était trop timide.

Il craignait tout, il a été élevé dans beaucoup de timidité.

Comment est-il possible que l’avocat de la Ville de Montréal ait dit - j’étais présente ce jour-là et je le dit parce que j’en suis sûre - que Dany était coupable de la mort de son frère ?

Le seul coupable ici a un nom et un prénom.

Il s’appelle Jean-Loup Lapointe.

C’est lui l’assassin de mon fils et c’est lui qui doit payer pour cette mort injuste.

J’espère, je veux et j’exige que justice soit faite.

Il a enlevé à mon fils toutes ses bonnes idées, tous ses espoirs, tout son futur qu’il avait devant lui.

Il a marqué notre vie à tous dans notre famille.

Il nous a laissé une blessure qui ne se cicatrisera jamais.

Il m’a enlevé une partie de ma vie.

Il m’a enlevé mon bébé.

Le coroner : Avez-vous une dernière chose à me dire, madame Antunes ?

Mme Antunes : Ce que je veux dire, monsieur le coroner, c’est merci beaucoup de m’avoir écouté.

J’espère que vous prendrez une bonne décision pour que la justice soit faite.

Fredy est mort pour rien.

[applaudissements]

Le coroner : J’aimerais simplement dire, madame Antunes, que je l’ai la conviction que votre fils Fredy serait très fier du portrait que vous avez dépeint de lui aujourd’hui. Il serait fier du portrait qu’il a laissé à sa mère. Muchas gracias señoraAntunes Villanueva. Animo. Buena suerte.

Mme Antunes : Merci.



* Quelques passages de la traduction de l’espagnol vers le français ont été modifiés afin de rendre le propos de Mme Antunes le plus clair possible.

On se bat sans cesse…

Je sais que l’avocat de la ville de Montréal est ici, non pas pour savoir qui a tué Fredy, mais pour sauver de l’argent à la ville de Montréal. Je n’ai jamais demandé de l’argent à qui que ce soit. La vie de Fredy n’a pas de prix. S’il y quelque chose que je vous demande, c’est de me rendre la vie de mon fils et qu’il rétablisse une vie normale à Dany, car c’est ça qu’ils ont détruit…
«On ne veut pas que, parce que ce sont des policiers, ils puissent continuer à faire leur job comme si rien ne s’était passé, affirme Wendy Villanueva.»
 – On jouait aux dés

Cet extrait audio est une reconstruction fictive des événements du 9 août 2008 ayant entraîné la mort de Fredy Villanueva et des blessures à Denis Méas et Jeffrey Sagor Métellus, dans le parc «Villanueva», anciennement appelé parc «Henri-Bourassa»

inspiré des sources suivantes:
http://www.canoe.com/archives/infos/societe/2008/08/20080812-053901.html

http://www.radio-canada.ca/regions/Montreal/2008/08/10/001-mtl-nord-mort-police_n.shtml

http://lelectronlibre.net/2008/12/02/affaire-freddy-villanueva-justice-est-faite

http://www.cyberpresse.ca/actualites/200809/08/01-663542-on-veut-de-la-justice.php

Télécharger

Vigile commémorative; N’oublions jamais Fredy Villanueva

Il y a quatre ans déjà, Fredy Villanueva perdait la vie à Montréal-Nord. Il est tombé sous les balles d’un policier du SPVM.

Jeudi, le 9 août à 18h00, venez en grand nombre vous recueillir à la mémoire de Fredy Villanueva au mémorial en son honneur derrière la Maison de la culture de Montréal-Nord. Venez montrer que nous n’oublierons jamais Fredy et que nous nous battrons jusqu’au bout pour faire la justice en dépit de l’obstruction de la police qui enquête sur la police, des chroniqueurs réactionnaires,des avocats aux services de l’injustice.

Il y aura de la musique de et de la nourriture.
La famille Villanueva compte sur votre présence.

Une invitation de Montréal-Nord Républik et de la
Coalition contre la Répression et les Abus policiers.

Dommage pour Fredy!

La Presse
Forum, mardi, 12 août 2008, p. A23


Dommage pour Fredy!

Tanguay, Johanne

L’auteure est technicienne en documentation à la bibliothèque
publique Henri-Bourassa de Montréal-Nord où elle assiste les
usagers dans l’utilisation des ordinateurs mis à leur disposition.

Émeutes la nuit dernière, à quelques coins de rue de chez moi. Véhicules en flammes, commerces dévalisés, vandalisme à qui mieux mieux.

Au départ, un regroupement de gens choqués par la mort d’un jeune de 18 ans, abattu pratiquement à bout portant par un policier dans un parc. Un jeune qui n’était pas armé, qui n’avait pas de casier judiciaire.

Dans un quartier comme celui-là, il ne faut pas s’étonner que la rencontre pacifiste d’hier ait mal tourné. Cet endroit et ce moment où on aurait dû apporter des fleurs et se recueillir en silence furent perçus comme une belle occasion par les gangs de rue pour faire état de leur criminalité.

Dommage pour Fredy!

Pour l’avoir accueilli à quelques reprises sur mon lieu de travail, je ne peux dire de ce garçon que ce que j’en connaissais. Et ce que j’en connaissais, c’était un garçon très timide, tout étonné que je me souvienne de son nom à chacune de ses visites. Ce n’était pas le genre à crier à l’aide quand les appareils ne répondaient pas, ni à se fâcher, mais plutôt à quitter sans rien demander. Non, ce n’était pas une grande gueule, loin de là. Un jeune homme effacé, aux yeux cachés derrière sa crinière noire bouclée.

La dernière fois que j’ai vu Fredy, il devait faire des impressions et ça n’allait pas. Je m’en suis aperçue et j’ai corrigé la situation. Il m’a répondu d’un sourire radieux, un sourire rare car il souriait rarement.

Comment un gars à l’allure si tranquille a-t-il pu se faire tuer par un policier? Je ne crois pas que Fredy ait fait partie d’un gang de rue. S’il côtoyait la criminalité, ce devait être par accident. Je ne crois pas qu’il était un vrai dur, mais je ne le connaissais pas au point de savoir ça. Tout ce que je sais sur Fredy, ce sont mes impressions, et la tristesse que je ressens pour un jeune qui est mort pour rien!

Par contre, je sais que Fredy, comme beaucoup d’autres, habitait un quartier très difficile, un quartier où les gangs de rue font la loi et où les policiers n’aiment guère avoir à se présenter.

Je crains que Fredy n’ait été la victime d’un policier trop nerveux, apeuré par la présence de quelques jeunes immigrants à l’allure ambiguë. Je crains que Fredy n’ait été la victime du lieu où il se trouvait, victime de son jeune âge, victime des préjugés envers les jeunes immigrants, dans cedit quartier.

Si le policier avait été moins nerveux, il aurait probablement évacué sa crainte par un coup de feu tiré en l’air, plutôt que de tirer sur les jeunes. Si ce quartier avait été nettoyé de ses gangs de rue, le policier aurait été moins nerveux. Si, si, si…

Vigile pour l’anniversaire de naissance de Fredy Villanueva

Le 6 avril 2012, Fredy Villanueva aurait eu 22 ans.

Fredy est mort trop tôt, à l’âge de seulement dix-huit ans, après que l’agent Jean-Loup Lapointe eut ouvert le feu, sur lui et deux de ses amis, dans le stationnement de l’aréna Henri-Bourassa, le 9 août 2008.

Le souvenir de Fredy est cependant encore bien vivant dans le cœur de ceux qui l’ont aimé.

Pour cette raison, la famille Villanueva va se réunir, cette année encore, sur les lieux mêmes de l’intervention policière fatidique, pour se rappeler de Fredy à l’occasion de son anniversaire de naissance, le vendredi 6 avril prochain.

Rappelons que le dépôt du rapport d’enquête du coroner André Perreault sur les causes et circonstances du décès de Fredy Villanueva est retardé en raison de procédures dilatoires intentées par l’employeur de l’agent Lapointe, la Ville de Montréal, et son syndicat, la Fraternité des policiers et des policières de la Ville de Montréal.

Le comité de soutien à Dany Villanueva invite tous les sympathisants à la cause à venir assister à la vigile du 6 avril 2012 afin de montrer votre soutien à la famille Villanueva dans sa longue lutte pour la vérité et la justice.

Vendredi le 6 avril 2012 à 18h30

dans le stationnement

de l’aréna Henri-Bourassa

12004 Boul Rolland. Montréal-Nord

Métro Henri-Bourassa, autobus 69 Gouin ou 49 Léger Est

Profilage? Voyons donc...

«On était trois Noirs dans la voiture, je le dis ainsi parce que le Noir est une variété humaine qui attire les policiers des petites villes américaines, comme le miel attire l’ours.»

Le silence et la complaisance

On a fabriqué un système qui manufacture le silence et la complaisance.

Mort de Farshad Mohammadi - Un décès, plusieurs causes?

Anne-Marie Gallant - Infirmière en santé mentale et membre de Solidarité sans frontières, Robyn Maynard - Auteure, travailleuse communautaire impliquée dans plusieurs groupes contre la violence policière et le profilage racial, et membre de la campagne Personne n’est illégal et Samir Shaheen-Hussain - Pédiatre, militant pour la justice sociale et membre de la campagne Personne n’est illégal 14 janvier 2012 Actualités en société

Profilage racial


**Certains des témoignages des citoyens recueillis dans ce documentaire révélaient le comportement et la réputation de l’agent Lapointe dans le quartier où Freddy a perdu la vie, cependant, ces segments n’ont pas été retenus et sont maintenant sous la propriété de Canal D…**

bit.ly/5uUyr4

Une prise de position sans équivoque sur la pratique du profilage racial au sein de la police

Le 10 août 2008, le jeune Freddy Villanueva meurt à la suite d’une intervention policière. Depuis, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer le profilage racial pratiqué par certains policiers de Montréal-Nord. Parmi celles-ci, Harry Delva, intervenant communautaire à la Maison d’Haïti. Le dimanche 22 novembre à 21 h, avec le documentaire Profilage racial, le patrouilleur de rue partage avec nous sa désolation devant les pratiques du SPVM et donne la parole à des intervenants qui ont vécu ou ont été témoins de profilage racial.

Août 2008. Montréal-Nord s’enflamme le lendemain de la mort de Freddy Villanueva. Ces événements ont été le prélude d’un débat sur la pratique du profilage racial dans le corps policier. Les langues des minorités visibles se sont depuis déliées : « Tu m’arrêtes parce que je suis un trafiquant de drogues, tu m’arrêtes parce que j’ai volé, tu m’arrêtes parce que j’ai battu. Pas de problème, ils ont le droit de m’arrêter, c’est leur travail. Mais que tu m’arrêtes parce que tu as des doutes sur moi (…)?! », témoigne, entre autres, Jean-Yves Sylvestre, ex-coordonnateur de la Maison d’Haïti.

Vivre avec un tel mépris et avec tous les effets négatifs qui s’ensuivent — colère, indignation et frustration — peut provoquer des situations explosives, racontent quelques jeunes du quartier. Sans oublier que les sentiments d’oppression, de persécution et d’intimidation sont alimentés par les nombreuses interventions des policiers lorsque ces jeunes contreviennent aux règlements municipaux. Conséquence de cette répression : « On est en train d’élever des criminels! » résume Will Prosper, porte-parole de Montréal-Nord Republik. Pourtant, la direction du SPVM affirme avoir fait de la formation auprès de 90 % de ses troupes, exclusivement sur la différence entre le profilage racial et le profilage criminel. « Ce que veut faire la direction, c’est une chose. Mais ce qui se passe sur le terrain, c’est autre chose. Il est présent (le profilage racial) qu’on le veuille ou non », déclare Harry Delva.

Quelles sont les solutions pour enrayer le problème du profilage racial? Comment rétablir le lien de confiance entre les minorités visibles de Montréal-Nord et les policiers? Maurice Chalom, chercheur associé au Centre de criminologie comparée à l’Université de Montréal, croit que le chef de police doit d’abord reconnaître qu’il y a un vrai problème dans le quartier, dû à des pratiques illégales de profilage racial. Brunilda Reyes, directrice de l’organisme Les fourchettes de l’espoir, pointe du doigt la formation des policiers, ceux-ci ayant une méconnaissance des réalités de leur clientèle. Originaire de pays où la police est associée à la corruption ou encore aux « escadrons de la mort », la population est méfiante et réticente envers les autorités. Enfin, tous les intervenants s’entendent pour dire que la reprise en main de Montréal-Nord passe par un changement de mentalités. « C’est dur à dire, mais si le décès du jeune Villanueva peut amener les organisations à véritablement “requestionner” leurs pratiques, leur culture organisationnelle, leur façon de travailler, alors peut-être (…) cette mort-là n’aura pas été complètement inutile », conclut Maurice Chalom.

Un documentaire d’actualité à voir absolument alors que l’enquête publique sur l’affaire Villanueva met à jour certaines pratiques policières.

2 avril 2011. Des jeunes de Montréal-Nord manifestent contre la discrimination qu’ils subissent de la part de l’arrondissement de Montréal-Nord.

Ces enfants qui ont l’habitude de faire de l’activité physique en utilisant les infrastructures de l’arrondissement via une ressource communautaire appelée «Mener Autrement», se voient refuser l’accès à certaines aires de jeux, selon certaines plages horaires, aux bénéfices d’enfants dont les parents ont les moyens de payer pour leur inscription au Club de Soccer Montréal-Nord. Oscar Elimby qui accompagne ces jeunes croit qu’ils devraient avoir droit à des espaces de jeux sécuritaires et en bon état et que ces jeunes devraient cesser d’être traité comme des citoyens de 2e classe.

L’arrondissement de Montréal-Nord a vite réagit afin d’étouffer les allégations de M. Elimby ou les voix des enfants…

sortie publique de l’arrondissement: http://bit.ly/f5NUGl 

Mise en contexte: http://bit.ly/gI7ZHX 

"A club that provides free sports and educational activities to disaffected, poor and immigrant youth in Montreal North is demanding local authorities provide it with better indoor soccer equipment and a bigger gym.

Members of Mener Autrement (Lead Differently), a volunteer-run sports club of about 215 children and youth from a multitude of ethnic backgrounds that include Haitian, Arab, African and Latino, will march through the streets of Montreal North on Saturday.

Parents, children and organizers of the club with which local youth Fredy Villanueva played soccer occasionally before he was shot in August 2008 by a Montreal police officer, are expected to gather at noon at the Culture and Community Centre at 12004 Rolland Blvd.

2 avril 2011. Des jeunes de Montréal-Nord manifestent contre la discrimination qu’ils subissent de la part de l’arrondissement de Montréal-Nord.

Ces enfants qui ont l’habitude de faire de l’activité physique en utilisant les infrastructures de l’arrondissement via une ressource communautaire appelée «Mener Autrement», se voient refuser l’accès à certaines aires de jeux, selon certaines plages horaires, aux bénéfices d’enfants dont les parents ont les moyens de payer pour leur inscription au Club de Soccer Montréal-Nord. Oscar Elimby qui accompagne ces jeunes croit qu’ils devraient avoir droit à des espaces de jeux sécuritaires et en bon état et que ces jeunes devraient cesser d’être traité comme des citoyens de 2e classe.

L’arrondissement de Montréal-Nord a vite réagit afin d’étouffer les allégations de M. Elimby ou les voix des enfants…

sortie publique de l’arrondissement: http://bit.ly/f5NUGl

Mise en contexte: http://bit.ly/gI7ZHX

"A club that provides free sports and educational activities to disaffected, poor and immigrant youth in Montreal North is demanding local authorities provide it with better indoor soccer equipment and a bigger gym.

Members of Mener Autrement (Lead Differently), a volunteer-run sports club of about 215 children and youth from a multitude of ethnic backgrounds that include Haitian, Arab, African and Latino, will march through the streets of Montreal North on Saturday.

Parents, children and organizers of the club with which local youth Fredy Villanueva played soccer occasionally before he was shot in August 2008 by a Montreal police officer, are expected to gather at noon at the Culture and Community Centre at 12004 Rolland Blvd.

Treat your ears right. Listen to this track.

Transcription du témoignage de la mère de Fredy Villanueva, Lilian Madrid Antunes * 
Le coroner : Buenos días,señora.
Mme Antunes : Buenos días, coroner.
[assermentation de l’interprète]
Le Coroner : Madame Antunes Villanueva, comme il y a un interprète qui va faire la traduction de ce que vous allez me dire en espagnol, je vais vous demander de faire un effort pour lui laisser le temps de traduire au fur et à mesure. Je vous écoute.
Mme Antunes : Aujourd’hui je suis ici.
Je sais que vous, monsieur le coroner, vous connaissez la vie de tous les témoins, mais vous ne connaissez pas la vie de Fredy.
Je vais commencer en parlant de Fredy quand il est arrivé, à huit ans, ici, au Canada.
Mes enfants sont venus, adaptés à la coutume chrétienne. Quand ils sont venus ici, ils appartenaient à un chœur chrétien que nous pratiquions à la maison avec mon pasteur.
Quand Fredy est arrivé, il a commencé à l’école, il était un enfant très centré et bien élevé, très dédié à ses études, très engagé dans ses études.
J’ai habitué mes enfants à ce qu’ils travaillent la terre lorsque nous sommes arrivés ici.
C’était des enfants très travaillants.
Des enfants qui ne sortaient jamais à la rue sans la permission de leurs parents.
Fredy et Dany n’ont jamais dormis hors de la maison.
Je les ai tellement protégés que je ne leur ai jamais permis qu’ils prennent le transport en commun.
Je les ai habitué à cuisiner, à m’aider à la maison.
Fredy, surtout, aimait beaucoup emprunter des livres à la bibliothèque.
Il était très intéressé à découvrir l’histoire du Québec.
Il aimait bien que je lui lise des extraits de la Bible.
J’amenais mes enfants, tous les dimanches, pour qu’ils assistent au culte de l’église.
Fredy a grandi comme étant le plus bon, le plus pur, le plus aimé, de tout Montréal-Nord.
Il n’était pas un enfant agressif, il ne se fâchait jamais, il avait toujours le sourire aux lèvres.
Mes enfants demandaient toujours à travailler durant leurs vacances pour pouvoir se payer leurs affaires.
Fredy a fait son primaire et son secondaire ici, au Canada.
Mes enfants ne se sont jamais battus entre eux, c’était des enfants très bien élevés.
J’ai été une mère très rigoureuse, affectueuse et rigoureuse avec mes enfants.
J’ai une fille qui a des problèmes comme handicapée.
Fredy et Dany protégeaient beaucoup cette enfant.
Fredy était mon bébé.
Monsieur le coroner, j’aimerais vous montrer une photo de Fredy.
Le coroner : Certainement, madame. Il y en a trois, c’est ça ?
Mme Antunes : Trois ou quatre, je pense.
Le coroner : Il y en avait une de collée. Il y a en a quatre, c’est bien ça, madame. Il y a aura des copies qui seront faite pour tout le monde de ces photos-là qui me sont exhibées. Vous voulez les reprendre momentanément avant de me les remettre ? Vous préférez qu’on fasse des copies pour conserver ces originaux ?
Mme Antunes : Vous pouvez en faire des copies et les distribuer.
Le coroner : Parfait, on vous remettra les originaux, madame, par le biais de Me Georges-Louis.
Mme Antunes : Je vais continuer avec ce que je disais sur Fredy.
Fredy a grandit à Montréal-Nord.
Ça a été un bon frère, un bon ami, un bon oncle et un excellent fils.
Fredy était surprotégé par toute la famille parce que c’était le plus jeune.
Chaque fois qu’il avait des vacances, il me demandait de lui trouver du travail, peu importe où.
Parce qu’il voulait avoir de l’argent pour acheter des bonnes choses pour lui.
Cette année-là, 2008, Fredy a terminé son secondaire quatre.
Lorsqu’il a terminé son secondaire quatre, il m’a demandé pour aller travailler parce qu’il voulait payer ses broches.
Il voulait travailler parce qu’il voulait faire un DEP en électricité de voiture.
Fredy avait un grand projet pour l’avenir.
Lui et Dany planifiaient de monter un garage avec leur père.
Leur père savait comment faire le débosselage
Dany a commencé à étudier la mécanique.
Et Fredy voulait commencer à étudier l’électricité de voiture cette année-là.
Lorsqu’il est sorti du secondaire, il est allé à Emploi-Québec pour vérifier si on pouvait lui payer le cours qu’il voulait en DEP électronique.
Ils ont refusés parce qu’ils lui ont dit qu’il devait être un an sans aller à l’école, ou un an sur le bien-être social.
Il m’a dit qu’il voulait travailler lui-même pour payer son DEP.
Et Fredy a commencé à travailler au mois de juin, en faisant la collecte des haricots, à Saint-Rémy.
Il se levait à 5h30 du matin.
Il travaillait jusqu’à 11h du soir.
Son patron, en voyant les habilités de ce jeune qui avait à peine de 18 ans, lui a donné la responsabilité de transporter dix-huit personnes du métro Côte-Vertu jusqu’à Saint-Rémy.
Fredy faisait quatre heures de voyagement, aller-retour.
Monsieur le coroner, vous avez dans les mains la photo du dernier jour où Fredy était en vie.
Le coroner : Laquelle ?
Mme Antunes : Là où vous le voyez ramasser les haricots.
Le coroner : Avec vous ? Ramasser les haricots avec vous ?
Mme Antunes : Oui, ce jour-là j’étais avec lui.
Le coroner : C’est vous qui êtes à côté de lui ?
Mme Antunes : Oui.
Le coroner : C’est la veille ou c’est le jour même de son décès ?
Mme Antunes : C’est le jour avant sa mort.
Le coroner : Le vendredi.
Mme Antunes : Il était supposé d’aller travailler samedi parce qu’il travaillait du lundi au samedi, et puis parfois il travaillait aussi les dimanches.
Toutes les deux semaines, il travaillait les sept jours de la semaine.
Fredy aimait dessiner.
Ses passe-temps étaient de jouer au Nintendo et de voir des films.
Il jouait beaucoup avec Dany.
Dany le surprotégeait, surtout après qu’il ait fait de la prison.
Le jour où Fredy a été assassiné, j’ai demandé à Dany de sortir son frère pour qu’il se change les idées parce que ça faisait deux mois que mon fils travaillait durement.
Dany me chicanait toujours parce qu’il me disait : je n’aime pas sortir avec mon frère.
Quand je donnais à Fredy la permission de sortir, que Dany arrivait à la maison et qu’il ne le trouvait pas, il me demandait pourquoi j’autorisais Fredy à sortir.
Je lui disais que c’était pour éviter qu’il passe autant de temps à jouer au Nintendo ou à regarder la télévision.
Mais je lui permettais de sortir de la maison au maximum trois heures.
Fredy ne me demandait jamais rien, je lui demandais si jamais il avait besoin de quelque chose.
On ne pouvait entacher mon fils.
Il n’est jamais allé à un bar ou une discothèque, également parce que Dany ne lui permettait pas.
Il obéissait beaucoup à son frère, parce qu’il savait que son frère le surprotégeait.
C’est pour ça que Dany voulait toujours que Fredy soit à mes côtés.
Ce jour-là, je lui ai dit de sortir avec son frère pour qu’ils aillent manger à l’extérieur.
Je n’avais aucune idée que ce jour-là, Fredy ne reviendrait jamais à la maison.
Fredy n’est pas mort.
Qu’est-ce que je dois faire pour que mon fils revienne dans ma vie ?
Pourquoi est-ce qu’un maniaque et un assassin est-il apparu dans notre vie ?
Pourquoi a-t-il choisi la personne la plus pure qui existe en ce monde ?
Pourquoi s’en prendre à mes fils seulement parce que nous sommes des immigrants ?
Je suis sûre que si Fredy ou Dany avaient été blancs ou québécois, cette tragédie ne se serait pas produite parce que c’était à cause du profilage racial et mon fils est mort.
Cet assassin m’a mutilé.
Il m’a arraché une partie de ma vie.
Il a détruit ma famille.
Il a détruit le projet que mon mari et mes enfants avaient.
Et plus que tout, celui qu’il a le plus détruit, c’est Dany.
Il est très difficile pour moi de voir tous les jours Dany se réfugier dans le cimetière parce qu’il a envie de voir son frère.
La vie de Dany est détruite.
Sa vie et la mienne ne vont plus jamais être la même.
Dany n’avait qu’un seul frère.
Un seul frère.
Il n’en aura pas d’autres.
Son bébé, ils le lui ont enlevé devant ses propres yeux.
Il en est marqué pour toute la vie.
Pensez-vous, monsieur le coroner, que l’émeute qui a eu lieu à Montréal-Nord ça s’est fait parce qu’ils ont tué un criminel, un assassin, ou quelqu’un d’un gang de rue ?
Non, monsieur le coroner, l’émeute a eu lieu parce qu’on savait que c’est un être innocent qui a été tué.
Que c’était une injustice.
C’était une injustice ce que ce policer est allé commettre à Montréal-Nord.
Parce qu’il a assassiné Fredy pour rien.
Ce jour-là, il est allé se décharger de la colère qu’il avait en lui contre mes enfants, contre mes fils et contre les autres jeunes qui ont également été ses victimes.
Ça fait plus de deux ans, maintenant, que j’attends ce moment d’être assise, ici, devant vous.
Parce que durant cette enquête j’ai entendu des choses qui, franchement, ne sont pas vraies.
Par exemple, lorsqu’on a mentionné que la famille avait peur que Dany soit déporté.
Cela, ce n’est pas vrai.
Je n’avais pas peur que Dany soit déporté parce qu’il avait déjà payé pour sa faute.
L’avocat de la Ville de Montréal est celui qui a inventé tout ça.
Je sais qu’il est ici, non pas pour savoir comment est mort Fredy, pourquoi on l’a tué, mais plutôt pour sauver l’argent de la Ville de Montréal.
Je n’ai jamais demandé d’argent à qui que ce soit.
La vie de Fredy n’a pas de prix.
S’il y a quelque chose que je vous demande, c’est plutôt de me rendre la vie de mon fils.
Et qu’il rétablisse aussi une vie normale à Dany parce que c’est cela qu’ils ont détruit.
Je demande justice.
Je demande que cet assassin soit incarcéré.
C’est une honte pour le corps policier que cet homme soit encore en service.
Que pouvons-nous attendre de personnes comme celles-là ?
J’espère obtenir justice.
J’ai entendu tous les défenseurs de cet assassin.
J’ai pris une décision, de sortir le cas de mon fils à la Cour suprême des États-Unis.
Je vais lutter jusqu’au bout car ce n’est pas un chien qu’on a assassiné.
Le coroner : Quand vous dites, madame, la Cour suprême, vous référez à la Cour suprême du Canada ?
Mme Antunes : À l’ONU.
Le coroner : À l’ONU.
Mme Antunes : Fredy a besoin de la justice.
Parce qu’il n’a jamais fait de tort à personne.
Il était incapable de faire du mal à qui que ce soit.
Je sais que ce jour-là, Fredy est mort avec beaucoup de panique parce qu’il a vu le policier sortir son arme, il a voulu courir, mais l’assassin ne lui a pas donné le temps.
Je suis sûre de cela, Fredy était incapable de lever un doigt sur quiconque.
C’est moi qui ai accouché de mon fils.
Je suis la seule personne qui le connaissait, et c’est pour ça que je suis sûre que Fredy ne méritait pas cette mort parce que Fredy n’a absolument rien fait.
Je sais qu’il était plein de panique à la vue de son frère que l’on étranglait par terre, mais il n’était pas capable de faire quelque chose.
Fredy ne pouvait rien faire, il était incapable de faire quoi que ce soit.
Il était trop timide.
Il craignait tout, il a été élevé dans beaucoup de timidité.
Comment est-il possible que l’avocat de la Ville de Montréal ait dit - j’étais présente ce jour-là et je le dit parce que j’en suis sûre - que Dany était coupable de la mort de son frère ?
Le seul coupable ici a un nom et un prénom.
Il s’appelle Jean-Loup Lapointe.
C’est lui l’assassin de mon fils et c’est lui qui doit payer pour cette mort injuste.
J’espère, je veux et j’exige que justice soit faite.
Il a enlevé à mon fils toutes ses bonnes idées, tous ses espoirs, tout son futur qu’il avait devant lui.
Il a marqué notre vie à tous dans notre famille.
Il nous a laissé une blessure qui ne se cicatrisera jamais.
Il m’a enlevé une partie de ma vie.
Il m’a enlevé mon bébé.
Le coroner : Avez-vous une dernière chose à me dire, madame Antunes ?
Mme Antunes : Ce que je veux dire, monsieur le coroner, c’est merci beaucoup de m’avoir écouté.
J’espère que vous prendrez une bonne décision pour que la justice soit faite.
Fredy est mort pour rien.
[applaudissements]
Le coroner : J’aimerais simplement dire, madame Antunes, que je l’ai la conviction que votre fils Fredy serait très fier du portrait que vous avez dépeint de lui aujourd’hui. Il serait fier du portrait qu’il a laissé à sa mère. Muchas gracias señoraAntunes Villanueva. Animo. Buena suerte.
Mme Antunes : Merci.
* Quelques passages de la traduction de l’espagnol vers le français ont été modifiés afin de rendre le propos de Mme Antunes le plus clair possible.

Transcription du témoignage de la mère de Fredy Villanueva, Lilian Madrid Antunes *



Le coroner : Buenos días,señora.

Mme Antunes : Buenos días, coroner.

[assermentation de l’interprète]

Le Coroner : Madame Antunes Villanueva, comme il y a un interprète qui va faire la traduction de ce que vous allez me dire en espagnol, je vais vous demander de faire un effort pour lui laisser le temps de traduire au fur et à mesure. Je vous écoute.

Mme Antunes : Aujourd’hui je suis ici.

Je sais que vous, monsieur le coroner, vous connaissez la vie de tous les témoins, mais vous ne connaissez pas la vie de Fredy.

Je vais commencer en parlant de Fredy quand il est arrivé, à huit ans, ici, au Canada.

Mes enfants sont venus, adaptés à la coutume chrétienne. Quand ils sont venus ici, ils appartenaient à un chœur chrétien que nous pratiquions à la maison avec mon pasteur.

Quand Fredy est arrivé, il a commencé à l’école, il était un enfant très centré et bien élevé, très dédié à ses études, très engagé dans ses études.

J’ai habitué mes enfants à ce qu’ils travaillent la terre lorsque nous sommes arrivés ici.

C’était des enfants très travaillants.

Des enfants qui ne sortaient jamais à la rue sans la permission de leurs parents.

Fredy et Dany n’ont jamais dormis hors de la maison.

Je les ai tellement protégés que je ne leur ai jamais permis qu’ils prennent le transport en commun.

Je les ai habitué à cuisiner, à m’aider à la maison.

Fredy, surtout, aimait beaucoup emprunter des livres à la bibliothèque.

Il était très intéressé à découvrir l’histoire du Québec.

Il aimait bien que je lui lise des extraits de la Bible.

J’amenais mes enfants, tous les dimanches, pour qu’ils assistent au culte de l’église.

Fredy a grandi comme étant le plus bon, le plus pur, le plus aimé, de tout Montréal-Nord.

Il n’était pas un enfant agressif, il ne se fâchait jamais, il avait toujours le sourire aux lèvres.

Mes enfants demandaient toujours à travailler durant leurs vacances pour pouvoir se payer leurs affaires.

Fredy a fait son primaire et son secondaire ici, au Canada.

Mes enfants ne se sont jamais battus entre eux, c’était des enfants très bien élevés.

J’ai été une mère très rigoureuse, affectueuse et rigoureuse avec mes enfants.

J’ai une fille qui a des problèmes comme handicapée.

Fredy et Dany protégeaient beaucoup cette enfant.

Fredy était mon bébé.

Monsieur le coroner, j’aimerais vous montrer une photo de Fredy.

Le coroner : Certainement, madame. Il y en a trois, c’est ça ?

Mme Antunes : Trois ou quatre, je pense.

Le coroner : Il y en avait une de collée. Il y a en a quatre, c’est bien ça, madame. Il y a aura des copies qui seront faite pour tout le monde de ces photos-là qui me sont exhibées. Vous voulez les reprendre momentanément avant de me les remettre ? Vous préférez qu’on fasse des copies pour conserver ces originaux ?

Mme Antunes : Vous pouvez en faire des copies et les distribuer.

Le coroner : Parfait, on vous remettra les originaux, madame, par le biais de Me Georges-Louis.

Mme Antunes : Je vais continuer avec ce que je disais sur Fredy.

Fredy a grandit à Montréal-Nord.

Ça a été un bon frère, un bon ami, un bon oncle et un excellent fils.

Fredy était surprotégé par toute la famille parce que c’était le plus jeune.

Chaque fois qu’il avait des vacances, il me demandait de lui trouver du travail, peu importe où.

Parce qu’il voulait avoir de l’argent pour acheter des bonnes choses pour lui.

Cette année-là, 2008, Fredy a terminé son secondaire quatre.

Lorsqu’il a terminé son secondaire quatre, il m’a demandé pour aller travailler parce qu’il voulait payer ses broches.

Il voulait travailler parce qu’il voulait faire un DEP en électricité de voiture.

Fredy avait un grand projet pour l’avenir.

Lui et Dany planifiaient de monter un garage avec leur père.

Leur père savait comment faire le débosselage

Dany a commencé à étudier la mécanique.

Et Fredy voulait commencer à étudier l’électricité de voiture cette année-là.

Lorsqu’il est sorti du secondaire, il est allé à Emploi-Québec pour vérifier si on pouvait lui payer le cours qu’il voulait en DEP électronique.

Ils ont refusés parce qu’ils lui ont dit qu’il devait être un an sans aller à l’école, ou un an sur le bien-être social.

Il m’a dit qu’il voulait travailler lui-même pour payer son DEP.

Et Fredy a commencé à travailler au mois de juin, en faisant la collecte des haricots, à Saint-Rémy.

Il se levait à 5h30 du matin.

Il travaillait jusqu’à 11h du soir.

Son patron, en voyant les habilités de ce jeune qui avait à peine de 18 ans, lui a donné la responsabilité de transporter dix-huit personnes du métro Côte-Vertu jusqu’à Saint-Rémy.

Fredy faisait quatre heures de voyagement, aller-retour.

Monsieur le coroner, vous avez dans les mains la photo du dernier jour où Fredy était en vie.

Le coroner : Laquelle ?

Mme Antunes : Là où vous le voyez ramasser les haricots.

Le coroner : Avec vous ? Ramasser les haricots avec vous ?

Mme Antunes : Oui, ce jour-là j’étais avec lui.

Le coroner : C’est vous qui êtes à côté de lui ?

Mme Antunes : Oui.

Le coroner : C’est la veille ou c’est le jour même de son décès ?

Mme Antunes : C’est le jour avant sa mort.

Le coroner : Le vendredi.

Mme Antunes : Il était supposé d’aller travailler samedi parce qu’il travaillait du lundi au samedi, et puis parfois il travaillait aussi les dimanches.

Toutes les deux semaines, il travaillait les sept jours de la semaine.

Fredy aimait dessiner.

Ses passe-temps étaient de jouer au Nintendo et de voir des films.

Il jouait beaucoup avec Dany.

Dany le surprotégeait, surtout après qu’il ait fait de la prison.

Le jour où Fredy a été assassiné, j’ai demandé à Dany de sortir son frère pour qu’il se change les idées parce que ça faisait deux mois que mon fils travaillait durement.

Dany me chicanait toujours parce qu’il me disait : je n’aime pas sortir avec mon frère.

Quand je donnais à Fredy la permission de sortir, que Dany arrivait à la maison et qu’il ne le trouvait pas, il me demandait pourquoi j’autorisais Fredy à sortir.

Je lui disais que c’était pour éviter qu’il passe autant de temps à jouer au Nintendo ou à regarder la télévision.

Mais je lui permettais de sortir de la maison au maximum trois heures.

Fredy ne me demandait jamais rien, je lui demandais si jamais il avait besoin de quelque chose.

On ne pouvait entacher mon fils.

Il n’est jamais allé à un bar ou une discothèque, également parce que Dany ne lui permettait pas.

Il obéissait beaucoup à son frère, parce qu’il savait que son frère le surprotégeait.

C’est pour ça que Dany voulait toujours que Fredy soit à mes côtés.

Ce jour-là, je lui ai dit de sortir avec son frère pour qu’ils aillent manger à l’extérieur.

Je n’avais aucune idée que ce jour-là, Fredy ne reviendrait jamais à la maison.

Fredy n’est pas mort.

Qu’est-ce que je dois faire pour que mon fils revienne dans ma vie ?

Pourquoi est-ce qu’un maniaque et un assassin est-il apparu dans notre vie ?

Pourquoi a-t-il choisi la personne la plus pure qui existe en ce monde ?

Pourquoi s’en prendre à mes fils seulement parce que nous sommes des immigrants ?

Je suis sûre que si Fredy ou Dany avaient été blancs ou québécois, cette tragédie ne se serait pas produite parce que c’était à cause du profilage racial et mon fils est mort.

Cet assassin m’a mutilé.

Il m’a arraché une partie de ma vie.

Il a détruit ma famille.

Il a détruit le projet que mon mari et mes enfants avaient.

Et plus que tout, celui qu’il a le plus détruit, c’est Dany.

Il est très difficile pour moi de voir tous les jours Dany se réfugier dans le cimetière parce qu’il a envie de voir son frère.

La vie de Dany est détruite.

Sa vie et la mienne ne vont plus jamais être la même.

Dany n’avait qu’un seul frère.

Un seul frère.

Il n’en aura pas d’autres.

Son bébé, ils le lui ont enlevé devant ses propres yeux.

Il en est marqué pour toute la vie.

Pensez-vous, monsieur le coroner, que l’émeute qui a eu lieu à Montréal-Nord ça s’est fait parce qu’ils ont tué un criminel, un assassin, ou quelqu’un d’un gang de rue ?

Non, monsieur le coroner, l’émeute a eu lieu parce qu’on savait que c’est un être innocent qui a été tué.

Que c’était une injustice.

C’était une injustice ce que ce policer est allé commettre à Montréal-Nord.

Parce qu’il a assassiné Fredy pour rien.

Ce jour-là, il est allé se décharger de la colère qu’il avait en lui contre mes enfants, contre mes fils et contre les autres jeunes qui ont également été ses victimes.

Ça fait plus de deux ans, maintenant, que j’attends ce moment d’être assise, ici, devant vous.

Parce que durant cette enquête j’ai entendu des choses qui, franchement, ne sont pas vraies.

Par exemple, lorsqu’on a mentionné que la famille avait peur que Dany soit déporté.

Cela, ce n’est pas vrai.

Je n’avais pas peur que Dany soit déporté parce qu’il avait déjà payé pour sa faute.

L’avocat de la Ville de Montréal est celui qui a inventé tout ça.

Je sais qu’il est ici, non pas pour savoir comment est mort Fredy, pourquoi on l’a tué, mais plutôt pour sauver l’argent de la Ville de Montréal.

Je n’ai jamais demandé d’argent à qui que ce soit.

La vie de Fredy n’a pas de prix.

S’il y a quelque chose que je vous demande, c’est plutôt de me rendre la vie de mon fils.

Et qu’il rétablisse aussi une vie normale à Dany parce que c’est cela qu’ils ont détruit.

Je demande justice.

Je demande que cet assassin soit incarcéré.

C’est une honte pour le corps policier que cet homme soit encore en service.

Que pouvons-nous attendre de personnes comme celles-là ?

J’espère obtenir justice.

J’ai entendu tous les défenseurs de cet assassin.

J’ai pris une décision, de sortir le cas de mon fils à la Cour suprême des États-Unis.

Je vais lutter jusqu’au bout car ce n’est pas un chien qu’on a assassiné.

Le coroner : Quand vous dites, madame, la Cour suprême, vous référez à la Cour suprême du Canada ?

Mme Antunes : À l’ONU.

Le coroner : À l’ONU.

Mme Antunes : Fredy a besoin de la justice.

Parce qu’il n’a jamais fait de tort à personne.

Il était incapable de faire du mal à qui que ce soit.

Je sais que ce jour-là, Fredy est mort avec beaucoup de panique parce qu’il a vu le policier sortir son arme, il a voulu courir, mais l’assassin ne lui a pas donné le temps.

Je suis sûre de cela, Fredy était incapable de lever un doigt sur quiconque.

C’est moi qui ai accouché de mon fils.

Je suis la seule personne qui le connaissait, et c’est pour ça que je suis sûre que Fredy ne méritait pas cette mort parce que Fredy n’a absolument rien fait.

Je sais qu’il était plein de panique à la vue de son frère que l’on étranglait par terre, mais il n’était pas capable de faire quelque chose.

Fredy ne pouvait rien faire, il était incapable de faire quoi que ce soit.

Il était trop timide.

Il craignait tout, il a été élevé dans beaucoup de timidité.

Comment est-il possible que l’avocat de la Ville de Montréal ait dit - j’étais présente ce jour-là et je le dit parce que j’en suis sûre - que Dany était coupable de la mort de son frère ?

Le seul coupable ici a un nom et un prénom.

Il s’appelle Jean-Loup Lapointe.

C’est lui l’assassin de mon fils et c’est lui qui doit payer pour cette mort injuste.

J’espère, je veux et j’exige que justice soit faite.

Il a enlevé à mon fils toutes ses bonnes idées, tous ses espoirs, tout son futur qu’il avait devant lui.

Il a marqué notre vie à tous dans notre famille.

Il nous a laissé une blessure qui ne se cicatrisera jamais.

Il m’a enlevé une partie de ma vie.

Il m’a enlevé mon bébé.

Le coroner : Avez-vous une dernière chose à me dire, madame Antunes ?

Mme Antunes : Ce que je veux dire, monsieur le coroner, c’est merci beaucoup de m’avoir écouté.

J’espère que vous prendrez une bonne décision pour que la justice soit faite.

Fredy est mort pour rien.

[applaudissements]

Le coroner : J’aimerais simplement dire, madame Antunes, que je l’ai la conviction que votre fils Fredy serait très fier du portrait que vous avez dépeint de lui aujourd’hui. Il serait fier du portrait qu’il a laissé à sa mère. Muchas gracias señoraAntunes Villanueva. Animo. Buena suerte.

Mme Antunes : Merci.



* Quelques passages de la traduction de l’espagnol vers le français ont été modifiés afin de rendre le propos de Mme Antunes le plus clair possible.

On se bat sans cesse…

Je sais que l’avocat de la ville de Montréal est ici, non pas pour savoir qui a tué Fredy, mais pour sauver de l’argent à la ville de Montréal. Je n’ai jamais demandé de l’argent à qui que ce soit. La vie de Fredy n’a pas de prix. S’il y quelque chose que je vous demande, c’est de me rendre la vie de mon fils et qu’il rétablisse une vie normale à Dany, car c’est ça qu’ils ont détruit…
«On ne veut pas que, parce que ce sont des policiers, ils puissent continuer à faire leur job comme si rien ne s’était passé, affirme Wendy Villanueva.»
Vigile commémorative; N’oublions jamais Fredy Villanueva
Dommage pour Fredy!
Vigile pour l’anniversaire de naissance de Fredy Villanueva
"Je sais que l’avocat de la ville de Montréal est ici, non pas pour savoir qui a tué Fredy, mais pour sauver de l’argent à la ville de Montréal. Je n’ai jamais demandé de l’argent à qui que ce soit. La vie de Fredy n’a pas de prix. S’il y quelque chose que je vous demande, c’est de me rendre la vie de mon fils et qu’il rétablisse une vie normale à Dany, car c’est ça qu’ils ont détruit…"
"«On ne veut pas que, parce que ce sont des policiers, ils puissent continuer à faire leur job comme si rien ne s’était passé, affirme Wendy Villanueva.»"
On jouait aux dés

Cet extrait audio est une reconstruction fictive des événements du 9 août 2008 ayant entraîné la mort de Fredy Villanueva et des blessures à Denis Méas et Jeffrey Sagor Métellus, dans le parc «Villanueva», anciennement appelé parc «Henri-Bourassa»

inspiré des sources suivantes:
http://www.canoe.com/archives/infos/societe/2008/08/20080812-053901.html

http://www.radio-canada.ca/regions/Montreal/2008/08/10/001-mtl-nord-mort-police_n.shtml

http://lelectronlibre.net/2008/12/02/affaire-freddy-villanueva-justice-est-faite

http://www.cyberpresse.ca/actualites/200809/08/01-663542-on-veut-de-la-justice.php

À propos:

Si Fredy Villanueva n'avait pas été lâchement assassiné par un agent du service de la police de la ville de Montréal, nous n'aurions jamais entendu parler de Dany Villanueva, son frère, qui fait présentement face à une mesure d'interdiction de territoire au Canada.

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